Jimmy Jean est le nouvel économiste en chef et stratège de Desjardins. Il entre en poste alors que l'économie mondiale se transforme après le coup de frein imposé par la pandémie de coronavirus. À quoi ressemblera la reprise qui pointe à l'horizon ?

« Le ciel se dégage du fait que l'on a vu le pire de la crise, affirme-t-il. Dans les pays où la vaccination est en avance, notamment aux États-Unis, en Israël et au Royaume-Uni, on procède à une réouverture graduelle des secteurs économiques. Le retour à la normale, c'est le plus gros stimulant économique. »

En 2021, il s'attend à une croissance du PIB de 6,3 % au Canada et de près de 7 % aux États-Unis, un bond appréciable qui devrait compenser en partie les pertes subies en 2020.

Pour l'économiste, il y a quand même des éléments à surveiller de près pour mieux prévoir le prochain cycle économique. Voici ce qu'il aura à l'œil.

1. Inflation : un accès de fièvre temporaire

L'inflation a bondi à 2,2 % en mars au Canada. Il ne faut pas pour autant craindre une montée inflationniste, selon Jimmy Jean. « Cette cadence à la hausse est normale parce que les prix ont chuté au début de la crise sanitaire. Ils reviennent maintenant à la normale. Un des meilleurs exemples est le prix du baril de pétrole qui est aujourd'hui à 65 $: c'est presque trois fois son niveau de l'an dernier à pareille date. Plus on va avancer dans le déconfinement, plus cet effet va se dissiper et c'est là que l'on va voir la vraie teneur de l'inflation. »

En effet, outre cette situation passagère, il y a quand même des pressions inflationnistes dans certains secteurs notamment la production de biens et dans les chaînes d'approvisionnement mondiales qui ont un impact sur les coûts pour les entreprises. « Il reste à voir à quelle vitesse cela va se transmettre aux consommateurs », souligne l'économiste.

Il y a aussi la demande qui met de la pression sur les prix de certains produits comme les matériaux de construction. À travers le continent, la consommation de bois a monté en flèche parce que les ménages rénovent leur maison ou en construisent de nouvelles entraînant une flambée des prix dont il est difficile de prédire la fin.

On reste néanmoins à l'abri d'une inflation galopante. « Comparé à la forte poussée inflationniste des années 1970, on a une structure de l'économie qui est fondamentalement différente, plus orientée vers les services et où la technologie prend un rôle plus grand, explique l'économiste. L'autre élément important, c'est que les banques centrales ont mis en place des mécanismes pour que l'inflation reste relativement basse et stable. »

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2. Taux d'intérêt : des hausses à prévoir

L'éventuelle montée de l'inflation ne fait pas pour autant bouger la Réserve fédérale américaine qui a laissé inchangé son taux directeur en mars dernier. « La Fed ne prévoit pas de hausse des taux d'intérêt avant au moins 2024, une décision qui fait controverse parmi les économistes, dit-il. On fait partie de ceux qui pensent que la Fed va devoir augmenter les taux plus tôt qu'elle ne l'indique. »

« Chez Desjardins, on prévoit également que la Banque du Canada pourrait rehausser son taux directeur à l'automne 2022. Elle procèdera à des hausses progressives à l'image de ce que l'on a vu dans les derniers cycles. »

- Jimmy Jean, économiste en chef et stratège de Desjardins

3. Surchauffe immobilière

Prix qui grimpent, stock de propriétés à vendre en baisse, offres multiples qui mènent à la surenchère... La pandémie a entraîné une surchauffe du secteur immobilier depuis quelques mois. La possibilité de faire du télétravail a incité bien des gens à quitter leur appartement où leur maison devenue trop petite pour s'établir dans des régions limitrophes où les habitations sont moins chères. « Vu l'ampleur du mouvement, on assiste à une flambée des prix un peu partout au Québec, constate Jimmy Jean. Dans certaines régions, on parle d'une hausse allant de 20 % à 30 %. Pour plusieurs acheteurs, le marché n'est plus abordable. Pour freiner cet élan, on voit apparaître des mesures de resserrement. Ainsi, le Bureau du surintendant des institutions financières a décidé d'augmenter le taux exigé à la qualification [test de résistance] de 46 points de base à partir de juin. Cela devrait avoir un effet sur le marché, notamment en réduisant d'environ 4,5 % la capacité maximale d'emprunt des acheteurs. »

Il y a aussi que la demande devrait se calmer. « Avec le déconfinement, il y aura un retour progressif dans les bureaux. Si le fait d'être en télétravail à temps plein facilitait la décision de s'éloigner, il en ira autrement quand il faudra se rendre au bureau quelques jours par semaine. Par ailleurs, la hausse fulgurante des mises en chantier dans les régions plus éloignées fera en sorte de satisfaire à la demande », conclut Jimmy Jean.

Pour journalistes seulement: Mouvement Desjardins