Un an après le début d'une crise sanitaire sans précédent, l'économie du Québec montre une « résilience étonnante », selon Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins. Pour savoir comment l'économie se relève, elle a fait une analyse comparative du PIB par secteur entre février 2020, soit juste avant que la province n'ait été mise sur pause, et février 2021. Il en ressort que, malgré l'ampleur de la crise, le Québec a rattrapé ou presque le terrain perdu avec un niveau d'activité qui se situait à 99,4 % de ce qu'il était un an plus tôt. Entrevue.

Quels sont les principaux facteurs qui expliquent la bonne tenue de l'économie ?

On est passé à travers trois confinements successifs, mais on a appris du premier. Lors des suivants, moins de secteurs de l'économie ont été fermés grâce à la mise en place de mesures sanitaires. La reprise des activités s'est maintenue dans l'industrie de la construction et le secteur de la fabrication. Les commerces non essentiels ont pu continuer de faire des affaires grâce aux ventes en ligne. Cela a amené une plus grande fluidité dans les activités économiques.

D'autre part, les gouvernements ont injecté des sommes importantes pour soutenir les particuliers et les entreprises. Des municipalités ont aussi mis en place des mesures d'allègement de la taxation. Sans cela, on ne serait pas dans la même situation. Les Québécois se sont retrouvés avec un filet de sécurité non négligeable. Avec des dépenses en moins, notamment les voyages, ils en ont profité pour épargner, mais aussi pour magasiner en jetant leur dévolu sur l'amélioration de leur habitation. Le dynamisme du marché immobilier a aussi profité à certains secteurs comme le meuble, les matériaux et les produits de quincaillerie.

Enfin, certains de nos partenaires commerciaux, notamment les États-Unis, n'ont pas fermé leur économie de façon aussi stricte que de ce côté-ci de la frontière. Cela a généré de la demande. Même si le niveau d'exportations a baissé en 2020, cela a permis d'éviter un affaissement trop grand.

Si certains secteurs ont enregistré une croissance durant la pandémie, d'autres ont été plus durement touchés. Comment se dessinera la reprise pour ces derniers ? Sur quel horizon peuvent-ils espérer un retour à la normale ?

C'est difficile à dire. Ce qui est sûr, c'est que la reprise sera différente d'un secteur à l'autre. Le domaine des arts, spectacles et loisirs devrait rebondir rapidement parce que les gens ont soif de divertissements. Même chose dans les services de proximité, comme la coiffure ou la réparation mécanique, et la restauration, et ce, malgré l'absence des touristes étrangers -- qui représentent environ 20 % du chiffre d'affaires des restaurants. La situation sera différente dans le secteur de l'hébergement. La reprise sera moins rapide parce que les frontières ne sont pas encore ouvertes. Dans le commerce de détail, on peut se demander si l'habitude de consommer en ligne va faire en sorte que les gens ne seront pas aussi tentés qu'avant d'aller dans les boutiques. Vont-ils aussi rester fidèles à l'achat local ? On ne le sait pas encore. Le secteur qui devrait mettre le plus de temps à retrouver la santé, c'est l'aérospatiale parce que le retour à un niveau d'activité d'avant la pandémie va dépendre de la fin des mesures de restrictions pour les voyageurs et de la reprise du tourisme mondial.

Pour cette étude, vous avez comparé les données du PIB, mais elles ne disent pas tout sur la vigueur de l'économie. Quels sont les autres indicateurs à surveiller pour témoigner de la reprise ?

Il y a le taux de chômage qui n'a pas encore retrouvé le niveau d'avant la COVID-19. Il y a aussi le nombre de postes vacants qui sera le reflet de la pénurie de la main-d'œuvre. La rareté et non disponibilité de personnel pourrait freiner des industries. Il faudra aussi regarder les activités du commerce international. Dans quelle mesure va-t-il reprendre quand l'économie mondiale sera à nouveau pleinement ouverte ? On ne le sait pas encore. Ce qui va jouer pour une véritable reprise, ce sera la réouverture des frontières et les campagnes de vaccination qui, pour le moment, n'avancent pas au même rythme dans tous les pays. L'économie de l'après-COVID-19 sera différente, mais c'est encore difficile d'imaginer la suite.

Pour consulter l'étude complète : Où en est l'économie du Québec après un an de pandémie?

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