Pandémie et reprise économique : les données à surveiller

Tout le monde aimerait prédire la suite des choses, mais le brouillard ambiant rend difficiles les prévisions économiques. Dans la mesure du possible, quel est l’essentiel à garder sur son radar afin de prendre les bonnes décisions pour son entreprise?

Le point sur l’économie du Québec

Évidemment, avec le confinement du printemps, on a assisté à une chute sans précédent de l’économie. Mais déjà, en juillet, les chiffres indiquaient que l’activité économique était remontée à 95 % de ce qu’elle était avant la pandémie1. Il reste que les disparités entre les industries demeurent importantes : certaines se sont complètement remises, tandis que d’autres peinent davantage à se relever du choc causé par la pandémie. On connaît maintenant bien ces secteurs pour lesquels la distanciation sociale vient ajouter un défi considérable, parmi ceux-ci, on compte l’hébergement et la restauration, la culture et les loisirs ainsi que le transport de passagers.

L’indice de confiance des PME n’est toujours pas au niveau où il était avant le début de la pandémie. Cette nouvelle réalité apporte son lot d’incertitudes et il reste du chemin à faire avant de retrouver un climat semblable à celui qui prévalait auparavant.

Oui, l’économie est en mode récupération. Toutefois, elle prend du mieux à un rythme qui permet d’envisager l’avenir d’un bon œil.

Et la main-d’œuvre, dans tout ça?

Un premier indicateur à observer pour évaluer la situation de la main-d’œuvre est le taux de chômage. Alors qu’il n’était que de 4,5 % au Québec et 5,5 % en Ontario en février 2020, il s’élevait à 7,7 % et 9,6 % en octobre pour chacune des provinces, lesquelles ont connu des pics respectifs de 17 % en avril et 13,6 % en mai2. En ce moment, l’indicateur global est bon, mais il est important de suivre chaque secteur d’activités indépendamment pour avoir un meilleur portrait de la réalité.

Avant que la pandémie ne frappe, le taux d’emploi se situait à un sommet historique. On faisait face à un problème de disponibilité de la main-d’œuvre depuis quelques années déjà, notamment en agriculture et en construction. L’été dernier, par exemple, des cultivateurs ont dû faire appel au public pour éviter les pertes de denrées, faute de main-d’œuvre pour effectuer la cueillette de petits fruits. En principe, avec la fin de programmes gouvernementaux comme la PCU et la PCUE, il y aura plus de personnes disponibles à l’emploi à la même période l’an prochain. De plus, si la pandémie est suffisamment contrôlée, on pourra compter sur une ouverture des frontières, à tout le moins partielle. Cela nous permettrait d’accueillir à nouveau une main-d’œuvre étrangère dont l’apport est si précieux pour notre secteur agricole.

À la fin des premières mesures gouvernementales, on évaluait que plus de 97 % des emplois perdus après février 2020 avaient été récupérés, tous secteurs confondus2. Certains d’entre eux ont évidemment été touchés plus durement, comme l’hébergement et la restauration ainsi que la culture et les loisirs, mais d’autres connaissent des remontées importantes, notamment les services d’enseignement et le commerce de gros et de détail. La réouverture des activités non essentielles au printemps s’était traduite par des bonds impressionnants de l’emploi, mais les fermetures de commerces dans certaines régions ont entraîné une nouvelle baisse en octobre. Il y aura quelques mois plus difficiles, mais on peut compter sur une amélioration de la situation dès la réouverture massive des commerces.

Impact des programmes gouvernementaux

Les premiers programmes de soutien gouvernementaux ont bénéficié à une certaine partie de la main-d’œuvre, laissant de nombreux secteurs aux prises avec un fort déficit de personnel.

Cet été, on a vu un impact direct sur les travailleurs réguliers et les étudiants. Mais les deux programmes de prestation ont pris fin en septembre, et les mesures subséquentes mises en place sont moins généreuses, et surtout plus ciblées. Dans une certaine mesure, on peut donc s’attendre à une plus grande disponibilité de main-d’œuvre et à des embauches facilitées dans les mois à venir. Et comme les programmes gouvernementaux destinés aux travailleurs sont maintenant plus ciblés, il sera plus facile de se fier au taux de chômage pour évaluer la disponibilité de la main-d’œuvre dans l’ensemble des secteurs.

Les annonces récentes des gouvernements fédéral et provincial signalent d’importantes mesures de soutien aux entreprises - Lien externe au site. Cet hyperlien s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre.. Au Québec, au palier provincial seulement, 477 millions de dollars ont été annoncés pour stimuler la croissance économique, 300 millions de dollars pour l’économie verte, et 459 millions de dollars directement en formation de la main-d’œuvre. Qui plus est, si vous évoluez dans le secteur industriel ou énergétique, par exemple, vous pourriez profiter de fonds importants débloqués par Québec dans le cadre du Plan pour une économie verte - Lien externe au site. Cet hyperlien s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre. pour propulser l’innovation au sein de votre entreprise.

L’enjeu des matières premières

Du secteur primaire à tertiaire, la bonne santé de plusieurs entreprises québécoises repose sur les matières premières. Dans les derniers mois, nombre d’entre elles ont été touchées par la hausse du prix des métaux et du bois d’œuvre.

Prenons un exemple concret. Les scieries, fermées pendant le confinement, ont fait face à une véritable explosion de la demande dans le secteur de la construction une fois le confinement terminé. Les gens ayant troqué les voyages contre les rénovations, la hausse de la demande s’est manifestée en hausse des prix. Ceux-ci recommencent toutefois à diminuer et la situation se rétablit graduellement. Malgré la pandémie, les mises en chantier d’habitations ont ainsi connu un véritable essor au printemps. Depuis le début de 2020, on parle d’une croissance de 8,5 % au Québec, et de 15,5 % en Ontario3.

Si l’approvisionnement en matières premières est essentiel au succès de votre entreprise, observez la fluctuation des prix de plus près, même quotidiennement. Vous pourrez ainsi mieux gérer vos liquidités en prévoyant vos commandes de matériaux différemment, en fonction de la demande anticipée et en tenant compte des délais potentiels. Vous pourriez également vous protéger et vous assurer de minimiser vos pertes en ajoutant des clauses prévoyant des ajustements de prix avec vos clients, en fonction de la fluctuation du marché.

Les variations sont hors de votre contrôle, mais vous pouvez mettre des mesures en place pour en réduire l’impact sur votre entreprise.

Une économie encore mondialisée, mais de plus en plus locale

L’économie mondiale prend du mieux, mais tourne encore au ralenti et le fera encore au fil des périodes de confinement. Dans les 20 dernières années, le Québec a considérablement diversifié ses marchés extérieurs tout en réduisant sa dépendance à l’exportation internationale. Cette évolution réduit l’impact d’un commerce mondial fragilisé sur les entreprises de la province.

Aujourd’hui, près de 40 % des exportations du Québec trouvent preneur dans les autres provinces canadiennes1, et la dépendance commerciale aux États-Unis s’amenuise d’année en année au profit d’autres marchés comme l’Europe et l’Asie. La présence d’ententes internationales demeure importante, qu’il s’agisse de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, des accords de libre-échange entre le Canada et certains pays de l’Accord de partenariat transpacifique ou de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, récemment entré en vigueur. Ces ententes laissent présager des occasions intéressantes à saisir lorsque l’économie mondiale se redressera de manière durable.

Il faut surveiller l’indice de commerce mondial de près et savoir envisager des solutions à long terme pour rebondir une fois que l’économie sera plus forte. La force de nos échanges intérieurs est non négligeable et permet de faire des prévisions plus stables que pour nos échanges avec le reste du monde. Dans cette optique, il demeure avisé de suivre les indicateurs économiques des autres provinces pour juger plus précisément de l’évolution de la situation.

Et les habitudes de consommation dans tout ça?

Nos habitudes sont-elles transformées par une fragilisation du marché de l’emploi comme celle qu’on a connue au printemps dernier?

Sans surprise, au plus fort de la crise, les ventes au détail ont chuté de façon importante. Toutefois, cette baisse record de la consommation n’a été que temporaire, si bien que les ventes au détail surpassent aujourd’hui le niveau auquel elles se trouvaient avant la pandémie2. Encore une fois, cette embellie laisse certains secteurs de côté, notamment l’industrie du vêtement, mais profite largement à d’autres domaines comme l’alimentation et la construction.

Si les ménages ont réduit leur consommation, ils ont également accru leur épargne comme jamais auparavant. On peut prévoir que cette inclinaison se prolongera jusqu’à ce que le climat d’incertitude se dissipe. Élément positif : les consommateurs auront fort probablement envie de faire usage de cette épargne dès que le contexte d’achat sera plus favorable. Préparez-vous!

La poussée du commerce en ligne

Les transactions en ligne ont explosé pendant la pandémie. L’existence du commerce électronique ne date pas d’hier, mais les consommateurs ont maintenant perdu leur frilosité face à ces plateformes. On peut s’attendre à ce que cette avenue soit très empruntée par les consommateurs pour la période des Fêtes, et les entreprises qui ont bien développé ce filon en seront les premières bénéficiaires.

Les indicateurs à mettre de côté

Parmi les indicateurs suivis en temps normal, tous ne sont pas aussi pertinents à surveiller dans le contexte actuel. Il vaut donc mieux écarter les taux d’intérêt, qui resteront bas et stables, le prix du pétrole ainsi que l’activité boursière. Si les financiers anticipent généralement bien les reprises économiques, le principal indice de sortie de la crise ne se joue pas dans les mouvements boursiers.

Il faut également faire attention à l’indice de confiance des consommateurs. Quoiqu’il soit relativement faible, l’indice est étroitement lié aux inquiétudes sanitaires et n’est donc pas spécialement connecté à l’économie, qui prend effectivement du mieux.

Malgré tout ce qui se passe sur notre radar économique, l’indicateur le plus important demeure sans surprise l’arrivée d’un vaccin efficace et massivement distribué.

Indicateurs économiques à suivre

En résumé, pour savoir où regarder afin de continuer à faire avancer votre entreprise, trois indices ressortent comme particulièrement importants : le taux de chômage, qui est l’indicateur mis à jour le plus rapidement, l’indice de commerce mondial, qui tient compte de tous les échanges commerciaux, et le PIB réel. Chaque secteur a ses particularités, mais en regardant tous ces indicateurs et en suivant l’évolution des habitudes de consommation et du taux de chômage, vous obtiendrez un bon portrait de la situation générale. Vous arriverez du même coup à mieux anticiper et à ajuster votre stratégie d’affaires judicieusement.

Sources :

1 Institut de la statistique du Québec

2 Statistique Canada

3 SCHL