Transfert d'entreprise en temps de crise : pas de panique

Des centaines d’entreprises changent de main chaque année, et 2020 n’aura pas fait exception. Même si les derniers mois ont amené un climat d’incertitude dans plusieurs secteurs, le cycle des affaires suit son cours. Si on était en processus de transfert d’une entreprise au déclenchement de la crise, doit-on tout arrêter? La réponse courte : non.

Surveiller la situation de près

La pandémie que nous traversons est déstabilisante à bien des égards, autant sur le plan humain qu’économique. Vous n’avez pas à mettre fin à un processus de transfert pour autant. Certains secteurs sont durement touchés, mais d’autres semblent tirer leur épingle du jeu. Si vous êtes frappé de plein fouet par la crise, il faut garder la tête froide. Votre priorité devrait être de gérer l’incertitude et de protéger la trésorerie de votre entreprise, sans perdre de vue votre objectif de transfert. Quoi qu’il en soit, évaluer la performance des entreprises dans le contexte actuel demeure un exercice délicat, toutes industries confondues.

Quel est le bon prix à payer?

La grande question! Quand on investit durant la tempête, il peut être difficile d’y voir clair dans la valeur d’une entreprise. Plutôt que de se limiter aux baisses de résultats ou aux pertes financières contextuelles, on doit se rappeler que la crise a un effet sur la valeur de l’entreprise à court terme, mais pas nécessairement à long terme. Le bilan des années précédentes et les projections d’avenir viennent aussi peser dans la balance. Plusieurs autres considérations peuvent venir influencer le calcul, notamment :

  • L’entreprise a-t-elle une culture d’innovation bien établie?
  • L’entreprise évolue-t-elle dans un secteur prometteur à long terme?
  • L’entreprise a-t-elle profité des programmes gouvernementaux pour protéger sa trésorerie et maintenir son équipe en place?

Chaque cas est unique et amène son lot de questions. Assurez-vous de vous poser celles qui vous donneront le portrait le plus juste de la capacité d’adaptation de l’entreprise et de ses perspectives d’avenir. Pour ce faire, entourez-vous d’experts capables de vous accompagner dans ce processus, qui pourront vous partager leur lecture du marché.

Des doutes et des inquiétudes pourraient subsister après cet exercice. Vous réalisez qu’il serait préférable de ne pas procéder au transfert de propriété comme prévu? Cela ne signifie pas pour autant que vous devez mettre fin au processus.

Ralentir pour continuer d’avancer

À ce stade-ci, nous attendons tous de voir l’impact de la deuxième vague sur l’économie - Cet hyperlien s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre.. Parez-vous à toute éventualité en considérant le transfert d’entreprise dans son ensemble. Vous laisserez ainsi le temps à la poussière de retomber, et vous vous retrouverez éventuellement dans une position plus solide pour céder une entreprise ou en assumer la relève.

Parce qu’en réalité, un transfert d’entreprise ne se limite pas à un transfert de propriété. Dans le cadre d’un transfert déjà amorcé, même si le projet est retardé ou temporairement suspendu, le cédant et la relève peuvent profiter de ce ralentissement pour unir leurs efforts et continuer de préparer le terrain.

La préparation stratégique

En tout temps, on recommande de maintenir un bon coussin de trésorerie pour l’entreprise, qui souvent devra absorber divers coûts liés au transfert et parer à des situations imprévues. Cette mesure de précaution est encore plus pertinente aujourd’hui. De la même manière, certaines questions méritent une considération accrue :

  • Y a-t-il des investissements à faire pour solidifier l’entreprise en vue de la cession de propriété? Faudra-t-il, au contraire, repousser certains investissements? Pour assurer un avenir prospère à l’entreprise dans laquelle vous avez mis tout votre cœur, mieux vaut réduire au minimum ses vulnérabilités avant de procéder au transfert.
  • Quels investissements la relève doit-elle prévoir en priorité au lendemain du transfert? Qu’il s’agisse de recrutement suite au départ d’employés clés, de réparations d’équipement ou autre, sachez identifier ce qui permettra à l’entreprise de retrouver son rythme de croisière le plus rapidement possible.
  • Les clients et les fournisseurs ont-ils été fragilisés par les événements des derniers mois? Avant d’officiellement reprendre les rênes de l’entreprise, anticipez tout changement dans les ententes et, au besoin, explorez de nouvelles avenues.

Malgré l’importante somme déboursée lors de la transaction, l’accès à des liquidités joue un rôle important dans la santé d’une entreprise nouvellement transférée. En vous attardant plus longuement à la planification, vous permettrez à l’entreprise de mieux s’adapter aux grands changements et aurez les reins plus solides advenant de nouvelles perturbations.

Le facteur humain

Un transfert d’entreprise, c’est aussi (et même avant tout) une passation humaine. Quand une entreprise change de mains, elle change de dirigeants, d’actionnaires, et parfois même d’un certain nombre d’employés. Comme le facteur humain touche toutes les questions de l’entreprise de manière transversale, il doit être considéré aussi sérieusement que les facteurs financiers :

  • Départ d’employés clés. Bien souvent, un changement de direction entraîne le départ d’employés clés. En agissant en amont, on arrive à mieux gérer la transmission du savoir et à assurer une transition plus fluide le moment venu.
  • Charge émotive du cédant. Quand on s’est investi corps et âme à bâtir quelque chose, il est difficile d’accepter un prix moindre que celui qu’on avait en tête. Pour arriver à la meilleure entente possible, il faut tenir compte de cette réalité.
  • Ajustement à une nouvelle culture. La nouvelle direction et les contributeurs existants doivent s’adapter l’un et l’autre à leurs manières de faire et à leur vision de l’entreprise. L’alignement parfait des cultures prend un certain temps, et il peut en résulter un ralentissement des activités.

S’entourer de partenaires éclairés

D’une part, à titre de cédant, vous pouvez compter sur votre équipe et votre réseau. D’autre part, comme entrepreneur de la relève, votre rôle pivot dans l’avenir de l’entreprise demande que vous vous engagiez activement dans ces discussions.

Pour assurer un transfert satisfaisant pour toutes les parties, vous gagnez à inclure rapidement des partenaires stratégiques et financiers dans l’équation, comme votre institution financière, un partenaire en capital-actions et d’autres professionnels (fiscaliste et évaluateur par exemple).

Avec tous ces acteurs ayant à cœur le succès et la pérennité de l’entreprise, vous arriverez à envisager un scénario adapté à votre réalité. Voici quelques exemples de stratégies à appliquer en contexte d’incertitude :

  • Échelonner la transaction financière. En reportant une partie de la vente à plus tard, le cédant reste propriétaire de l’entreprise à un certain pourcentage pour une durée déterminée. La relève conserve ainsi une meilleure marge de manœuvre pour faire prospérer l’entreprise.
  • Faire appel à un partenaire en capital-actions. Rééquilibrez le montage financier que vous aviez en tête en augmentant les parts assurées par un partenaire comme Desjardins Capital.
  • Procéder à une consolidation d’entreprises. Si votre entreprise se trouve dans un secteur fragilisé, considérez le marché environnant. En vous unissant à d’autres entrepreneurs, vous pourriez tous en sortir plus forts.
  • Miser sur le réseau des partenaires. L’âge de la retraite approche et vous n’avez toujours pas trouvé de relève qui correspond à vos attentes? Un partenaire comme Desjardins pourrait vous aider à trouver la perle rare en mettant à profit son réseau d’entrepreneurs.

Le meilleur scénario pourrait aussi être d’attendre encore quelque temps avant de procéder à une transaction. Peu importe l’option choisie, assurez-vous que le montage financier est finement équilibré entre le financement fourni par différents partenaires (prêts, capital-actions, etc.), le solde de prix de vente à payer au vendeur et la mise de fonds de la relève. Vous devriez conserver la marge de manœuvre nécessaire pour contrer les imprévus. Les montages trop serrés sont à éviter à tout prix dans un contexte où de nombreuses variables pourraient très rapidement fragiliser l’entreprise.

Les règles d’or : patience et ouverture

Dans un contexte de turbulences, chaque décision doit être mûrement réfléchie. Évitez les coups de tête et les actions précipitées, qui pourraient plonger le bilan financier dans un gouffre dont il sera difficile de sortir. Autant pour la partie cédante que pour la relève, tout le monde gagne à prendre son temps.

Pour arriver à des modalités de transfert satisfaisantes, vous avez avantage à explorer des avenues que vous aviez écartées au départ, ou que vous n’aviez même jamais considérées. À cet effet, la contribution de plusieurs partenaires à la recherche de solutions est essentielle. C’est en gardant l’esprit ouvert que toutes les parties y trouveront leur compte.

Peu importe l’impact des derniers mois sur votre secteur d’activité, les mouvements récents méritent de prendre un pas de recul en matière de transfert d’entreprise. En fin de compte, ralentir pourrait permettre à la relève de payer le juste prix tout en accédant à un financement adéquat, et au cédant d’obtenir la valeur réelle de son entreprise et d’en assurer la pérennité.

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