My Intelligent Machines : une histoire de cœur et d'audace

Pour démarrer une entreprise dans le secteur des technologies, il faut bien plus qu’une bonne idée. Entrepreneure à succès, Sarah Jenna nous rappelle qu’il faut être prêt à s’investir et à rebondir. Fenêtre sur un parcours qui n’a rien de linéaire.

Fondée à Montréal, My Intelligent Machines (MIMs) est une entreprise en intelligence artificielle appliquée aux sciences de la vie. La cofondatrice et présidente-directrice générale, Sarah Jenna, doctorante en biologie, a immigré au Québec l’année où a eu lieu le premier séquençage du génome humain, une année charnière pour la science et pour la carrière de la cofondatrice.

L’émergence de MIMS

Passionnée par la biologie des systèmes, Sarah poursuit son cheminement académique et sa carrière dans des milieux institutionnels et de recherche tels que McGill et l’UQAM, en plus de saisir des occasions de graviter auprès de sommités de la discipline. C’est lors d’un congrès sur l’intelligence artificielle qu’elle rencontre Mickaël Camus, qui deviendra plus tard son premier cofondateur. En 2015, ils auront une révélation qui jettera les bases de leur entreprise à venir. «Vous savez, ce genre de moment où on se dit : ça y est, c’est ça! » dit-elle. Les cofondateurs rédigent la déclaration d’invention tandis que se joint un 3e associé, Abdoulaye Baniré Diallo. Ils s’incorporent en 2016, MIMs est officiellement née.

Un modèle d’affaires à définir

Sous la recommandation de Desjardins et par l’entremise du Campus technologie de la santé, ils définissent leur modèle d’affaires. « On a eu une grande courbe d’apprentissage. Ça nous a pris près de 10 mois pour faire la transition et réfléchir à notre modèle d’affaires et d’abord comprendre ce que c’était, parce qu’on n’en savait rien du tout! », souligne la PDG.

Au terme des programmes de soutien du Campus, ils sont sélectionnés par un accélérateur d’entreprise qui propulse leur démarrage.

Rondes de financement

Reposant sur l’intelligence augmentée, leurs solutions permettent aux biologistes de demeurer maîtres d’œuvre de leurs recherches sans qu’ils n’aient à détenir de connaissances particulières en programmation. Bien que novateur pour l’industrie pharmaceutique, leur produit demeure abstrait pour les investisseurs. « Je suis très contente de m’être retrouvée dans une situation financière difficile lorsque nous comptions 10 employés plutôt que maintenant alors que nous avons dépassé le cap des 40 employés. » Comme de nombreuses entreprises de haute technologie (Deep tech), MIMs investit beaucoup en recherche et en développement. Il leur aura fallu quelques rondes de financement et, surtout des chiffres concrets, notamment la signature de contrats d’une valeur de 5 millions de dollars en contrats en 2019, pour avoir le vent dans les voiles. Elle croit également que la confiance des investisseurs est liée à leur approche en Lean Start-up.

« À chaque étape de développement, on a offert des produits qui satisfont au mieux la demande pour les clients, ce qui nous a permis d’évaluer leurs réactions au fur et à mesure. Même si le potentiel de développements futurs de nos solutions est élevé, celles-ci ont déjà de la valeur pour les clients. »

Outre les nombreuses subventions offertes par le gouvernement, l’entreprise a su tirer son épingle du jeu en prenant des risques calculés lors de la commercialisation de la technologie.

Contexte pandémique

Si l’essor de MIMs s’est trouvé étroitement lié au développement et à la démocratisation de l’intelligence artificielle dans le domaine des sciences de la vie, il est également été influencé par ce qui touche l’industrie pharmaceutique : « Nous avons eu beaucoup d’occasions à saisir en lien avec la COVID-19. Nos investisseurs l’ont aussi compris et ont non seulement devancé la ronde de financement interne, mais y sont allés d’une double contribution ce qui nous a permis de lever la somme de 5 millions de dollars. C’est une très grande marque de confiance. »

Valeur ajoutée

La co-propriétaire souligne que la clientèle a toujours saisi le côté innovant des logiciels. « Lorsque les entreprises pharmaceutiques développent des médicaments, leur taux d’échec est de 70 % à 80 % en raison de l’hétérogénéité des patients. Nous leur permettons très tôt dans le processus de recherche et développement de comprendre la base biologique de cette hétérogénéité. En réduisant de 50 % le taux d’échec, on peut faire économiser des dizaines de millions de dollars par médicament approuvé, c’est-à-dire la moitié des coûts de développement minimum dépensée par l’entreprise », illustre la PDG.

Les secrets d’une entrepreneure

Sarah Jenna, qui dit « être tombée en amour » avec l’entrepreneuriat, n’avait jamais travaillé dans le privé auparavant.

« Étrangement, ce milieu était pour moi beaucoup plus naturel que le milieu académique, que je trouvais trop lent. Il y a une histoire de dynamique, de tempo. J’avais besoin de construire sur le long terme et d’avoir un sentiment de vrai partenariat. Voir cette entité grossir, l’avoir créée, avoir réfléchi aux différentes phases, c’est quelque chose d’extrêmement gratifiant. Le vivre avec les employés, c’est incroyable », se réjouit-elle.

Entreprendre dans la joie malgré les défis

Elle met toutefois en garde contre les difficultés du statut d’entrepreneure. « Il faut avoir le bon profil pour vivre l’entrepreneuriat avec joie et être heureux dans cet environnement. Ce n’est pas parce qu’on a envie de créer quelque chose que l’on a la personnalité pour le faire. Par moment, c’est très stressant et fatiguant », souligne la PDG.

Tournés vers l’avenir

D’ici les prochaines années, MIMs a pour ambition de poursuivre son expansion en Europe et aux États-Unis puis de s’ouvrir au marché asiatique. Ses propriétaires espèrent récolter entre 20 et 30 millions de dollars américains lors de la prochaine ronde de financement et compter une centaine d’employés.

Desjardins : un partenaire clé

Desjardins Capital, qui est un investisseur important, a joué un rôle notable dans le développement de l’entreprise.

« Comme nous sommes une compagnie transversale, c’est plus compliqué de se faire financer par des fonds adaptés. Desjardins a des fonds plus généralistes. Lorsque nous en avions le plus besoin, en 2019, Desjardins nous a offert une marge de crédit importante et nous a aidés à gérer la trésorerie. On a toujours eu un lien extrêmement fort avec notre institution financière, c’est essentiel. Desjardins a à cœur de soutenir les compagnies locales. Au niveau du capital, c’est l’institution incontournable dans notre secteur au Québec. »

Pour en savoir plus : https://fr.mims.ai/ - Lien externe au site. Cet hyperlien s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre.

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