5 conseils pour renforcer sa «dureté du mental»


Ne laissez pas votre santé mentale devenir le maillon faible de votre ferme.

Par Étienne Gosselin, agr., M. Sc. | Journaliste

La détresse psychologique trouve un terrain fertile dans les campagnes, notamment auprès d'agriculteurs qui ne prennent pas nécessairement soin de leur « mental ».

Philippe Roy, professeur invité à l'École de service social de l'Université de Montréal, en sait quelque chose, lui qui a fait de la santé mentale des hommes l'un de ses champs d'expertise.

Voici 5 conseils pour maintenir un bel équilibre famille-travail et s'adapter au stress en ayant des stratégies de gestion positive.

1. Reconnaître les symptômes
L'excellent site allume.org auquel a contribué Philippe Roy utilise quatre voyants lumineux style «tableau de bord», dont la charge de détresse va en augmentant (dérapage, anxiété, dépression, détresse et idées suicidaires).

Les hommes, peu enclins à utiliser les services sociaux, rappelle Philippe Roy, peuvent donc démarrer une démarche d'autodiagnostic. Fini le déni des symptômes, l'isolement et l'aggravation de son état. « Le gouvernement et les organismes ont beaucoup travaillé l'accès aux services, mais pas encore leur acceptabilité auprès des producteurs agricoles », déplore d'ailleurs le professeur.

2. Valoriser les congés
La fierté, c'est encore de dire qu'on ne découche pas de l'étable, qu'on en mène large, comme l'exige l'image traditionnelle de la masculinité. Et pourtant... « Approuver ceux qui ne marquent pas de temps d'arrêt, c'est encourager l'excès, clame Philippe Roy. Au contraire, félicitons ceux qui prennent plus d'une semaine de congé par année et une fin de semaine occasionnelle. »

Car un agriculteur qui n'est qu'un pourvoyeur absent pour sa famille n'assume pas son rôle plus complet de conjoint ou de père.

3. Jouer à la balle
Pour certains, c'est la ligue de balle molle, pour d'autres c'est le hockey, la cuisine, la menuiserie, la motoneige ou les voyages. Certains aménagent même leur propre « maison de répit » : un chalet, une roulotte, un tipi, peu importe, tant que la nature est proche et que les appareils électroniques sont laissés derrière.

On peut aussi décrocher par procuration, en s'intéressant à l'emploi hors ferme de sa conjointe et en fréquentant son cercle d'amis étrangers à l'agriculture. « C'est salutaire de cultiver une diversité d'intérêts », résume simplement Philippe Roy.

4. S'entourer de ressources
Employé permanent ou temporaire, coopérative d'utilisation de la main-d'œuvre, beau-frère, voisin... Des solutions existent pour ceux qui sont au bout du rouleau, sans parler des psychologues et des (quelques) travailleurs de rang.

« C'est malsain de penser qu'on peut gérer seul une santé mentale détériorée, signale le docteur en service social. Une foule de spécialistes gravitent autour de l'entreprise. Un de plus pour la ressource la plus importante - la tête dirigeante - n'est pas superflu ! Il faudrait aussi transposer la solidarité matérielle légendaire des agriculteurs - après un incendie, par exemple - à une solidarité humaine ou relationnelle en cas de rupture amoureuse ou de dépression. »

5. Viser l'équilibre
Mettez par écrit vos objectifs pour la semaine. Atteindre 100 % de ceux-ci est illusoire, car on peut améliorer une ferme à l'infini. « Pourquoi ne pas plutôt revoir ses attentes et viser un score raisonnable de 80 % ?, questionne le professeur Roy. Hiérarchisez vos priorités. »

En somme, ne laissez pas votre santé mentale devenir le maillon faible de votre ferme.

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