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Pourquoi miser sur le mentorat lors d'un transfert d'entreprise?


Frédéric et Annie ont reçu la médaille de bronze de l’Ordre national du mérite agricole, édition 2016. - Source : Martin Blache, MAPAQ

Étienne Gosselin | Agronome | Journaliste

Alors directeur des ventes d'une entreprise de fournitures serricoles, en 2007, Frédéric Jobin-Lawler s'enquiert de la possibilité d'acheter l'entreprise de son client dans 5 ou 10 ans. Trois semaines plus tard, dring! dring! Le fruit était déjà mûr pour une relève non apparentée, 100% intéressée.

Depuis cet été de 2007, L'Abri végétal a beaucoup évolué. L'entreprise de Compton produit non seulement des tomates de serre, mais également des concombres, des poivrons, des fines herbes et de l'ail en jardin.

Elle exporte toujours ses produits en Nouvelle-Angleterre, mais Frédéric et sa conjointe, Annie Lévesque, développent fièrement les marchés local et régional (40% à 50% des ventes). Tout cela avec l'aide et la bénédiction des anciens propriétaires, les avant-gardistes de la production biologique en serre Jean Longpré et Manon Sévigny, qui ont agi comme mentors pour le jeune couple, refusant une offre plus lucrative pour aider ces deux jeunes, aujourd'hui décorés d'une médaille de bronze de l'Ordre national du mérite agricole, édition 2016.

Leurs conseils?

Assurer la transition
Alors en congé de maternité, Annie a décidé de se bâtir une banque d'heures dans l'entreprise, question de comprendre et d'évaluer les lieux, car il n'existe pas 2 serres identiques au Québec, surtout quand on cultive à même le sol. Pour chaque heure et demie travaillée, Manon et Jean s'engageaient à donner une heure de mentorat. En plus d'un solide partenariat, une complicité s'est installée, mutée aujourd'hui en amitié.

Répartir le risque
Transférer à des jeunes expérimentés, mais peu fortunés? Il a fallu que Jean et Manon acceptent de vendre leur entreprise sur plusieurs années (capital patient), question d'étaler les paiements. Cette façon de faire a aussi rassuré l'institution financière. Annie et Frédéric ont donc accepté le prix sans négocier, prix qui reflétait davantage ce que l'entreprise était capable de générer (chiffre d'affaires) que ce qu'elle valait (actif et clients établis). Avec l'augmentation de la productivité, l'entreprise a finalement été rachetée en moins de deux ans.

Cibler la gestion
Agronomiquement, Annie et Frédéric avaient de bonnes connaissances pour hausser la productivité, produire en condition de faible éclairage, automatiser les contrôles d'ambiance. Ils ont mis en place des systèmes pour enrichir la serre en gaz carbonique provenant des gaz de combustion du propane pour le chauffage d'appoint de la serre, car le gros des degrés est produit par la géothermie, depuis 1998. C'est du côté des aspects économiques - programmes gouvernementaux, ventes, gestion financière et comptabilité - que les mentors ont pu transférer pleinement leurs savoirs.

Se détacher émotionnellement
Pour les cédants, l'entreprise, c'était leur bébé. S'en détacher n'était pas aisé, surtout en y ayant encore des parts et... en continuant d'habiter juste à côté. Les accédants voulaient diversifier les produits alors que les cédants injectaient une dose d'émotivité et de nervosité chez les jeunes entrepreneurs. Il a fallu parler franchement de degré de tolérance au risque, de désir d'innovation, de saine distance.

Donner au suivant
Inspirés par le mentorat dont ils ont bénéficié, Annie et Frédéric redonnent de leur temps en accueillant des projets de recherche et développement, de nombreux groupes scolaires et des stagiaires des programmes d'études agricoles. Juste retour des choses pour ces deux diplômés en biologie et phytotechnie.

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