Un financement profitable? On serait fou de s'en passer!


Avec le PPA, il est possible d'obtenir une avance de fonds allant jusqu'à 400 000$ par année.

Étienne Gosselin | Agronome | Journaliste

C'est dans la nature des activités agricoles d'être cycliques ou saisonnières. Pour adoucir ce phénomène, le gouvernement fédéral a mis en place en 2007 le programme de paiements anticipés (PPA) qui permet aux entrepreneurs d'obtenir des avances de fonds à un taux d'intérêt réduit.

Le PPA d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) possède de nombreux avantages pour les producteurs agricoles, souligne René Gagnon, spécialiste des marchés agricole et agroalimentaire chez Desjardins. 

Voyons cela dans le détail.

Une quarantaine d'associations reconnues et de fédérations spécialisées gèrent le programme d'AAC, dont les fonds proviennent des institutions financières comme Desjardins. Les secteurs admis au programme sont les grandes cultures, les fruits et légumes, le bétail et les animaux de reproduction (pas sous gestion de l'offre), l'horticulture légumière et fruitière, le miel et le sirop d'érable.

Un financement... avantageux et méconnu
Avec le PPA, il est possible d'obtenir une avance de fonds allant jusqu'à 400 000$ par année. Le gouvernement s'engage à payer les intérêts sur la première tranche de 100 000$, alors que le reste du prêt est calculé à un taux d'intérêt préférentiel, par exemple de 0,25% en moins sur le taux de base, révèle Diane Martel, directrice de la comptabilité et des finances aux Éleveurs de porcs du Québec.

«C'est un programme avantageux et bien planifié, estime René Gagnon. Il faut toutefois faire attention : ce n'est pas une subvention. C'est bel et bien une dette appuyée par du concret, car les produits servent de garantie de prêt. Enfin, c'est un programme qui reste méconnu.»

Ces propos font écho chez Diane Martel. En effet, dans la dernière année, seulement 133 entreprises porcines (de toutes les tailles) ont utilisé le programme sur les 1 918 fermes du Québec. «Certains producteurs obtiennent toutefois une avance de fonds dans une autre production que le porc, ce qui les empêche d'obtenir un deuxième prêt», explique-t-elle.

Dernier détail, des frais administratifs se rattachent à l'utilisation du programme et varient selon les mandataires du programme. Par exemple, les Éleveurs de porcs facturent 0,1% de l'avance ou un maximum de 100$. À la demande des producteurs de porcs, l'organisation a réduit significativement ses frais administratifs, car ils étaient auparavant de 0,75% (pour un minimum de 450$ et un maximum de 1 250$).

3 utilisations possibles
  1. Aider à rembourser les frais des intrants engagés dans l'année.
  2. Décaler la vente de produits selon des conditions du marché favorables plutôt que selon les besoins en trésorerie.
  3. Investir dans de nouveaux actifs. Bien que le programme soit d'abord conçu pour les activités courantes, certains producteurs utilisent avec discernement le PPA pour obtenir des liquidités qui ne coûtent pas cher. Il s'agit alors d'une sorte de marge de crédit à 0% d'intérêt sur la première tranche de 100 000$ et dont le solde sera remboursé sur 18 mois (24 mois dans le cas des producteurs bovins), selon une entente de remboursement
2 erreurs à éviter
L'agronome René Gagnon souligne 2 pièges vus dans les dossiers, l'un découlant de l'autre : 

1. Surestimation de l'avance de fonds
L'entreprise doit prendre le temps de bien estimer l'avance de fonds nécessaire, sans la surévaluer, de là l'importance de connaître son coût de production.

2. Mauvaise planification des entrées et des sorties 
L'entreprise doit connaître avec précision la fluctuation annuelle de ses dépenses et bien prévoir ses ventes pour mieux établir les modalités de remboursement de l'avance de fonds.
 
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