Sortir du rang pour sortir du lot


Sabrina Caron sort de son patelin de Laurierville pour voir, s'inspirer, stimuler son intellect.

Étienne Gosselin | Agronome | Journaliste

En bonne entrepreneure, Sabrina Caron sort de son patelin de Laurierville pour voir, s'inspirer, stimuler son intellect. S'extraire du quotidien pour mieux se démarquer dans son secteur de production, est-ce que ça vaut le coût?

«Chaque fois que j'assiste à une formation, une conférence, un colloque ou une visite, ce n'est pas une dépense, mais un investissement.»

Voilà qui résume les propos de Sabrina Caron. Cette productrice laitière de 35 ans est diplômée en productions animales de l'Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de La Pocatière, engagée à des niveaux local, provincial ou national en syndicalisme ou coopération et mère de trois enfants!

Se nourrir de nouveautés, pour innover
«J'aime beaucoup apprendre», poursuit celle qu'on a pu apercevoir dans la publicité télévisée «La FERME» des Producteurs de lait du Québec, pub audacieuse qui voulait associer des visages au lait produit sur les 5400 fermes du Québec. Ce n'est pas un hasard si Sabrina a été choisie pour y figurer.

Cette adepte des médias sociaux - 1150 amis Facebook, 2543 abonnés Twitter et 441 abonnés Instagram - carbure aux nouvelles idées, qu'elle découvre sur ces applications ou en «demandant à Google». Les publications papier ont encore la cote chez elle, surtout en mangeant le midi. «Je ne lis pas que Hoard's Dairyman, Holstein international ou le magazine Production laitière moderne. Il y a de bonnes idées dans chaque production.» D'ailleurs, malgré 136 kg de quota à produire avec 100 vaches au total, Sabrina caresse le projet d'une cannebergière à même les terres sableuses de son entreprise.

Se former, pour mieux performer
«Des formations, j'en ferais toutes les semaines », s'enthousiasme l'entrepreneure, qui s'offre au moins un voyage exploratoire par année. Le poste budgétaire réservé à la formation avoisine 5500 dollars et croît chaque année. «Ce poste se rentabilise de lui-même, calcule la gestionnaire, car je gagne en efficacité en implantant de nouvelles idées. Aussi, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) rembourse certaines formations pour les jeunes de la relève, quand ce n'est pas mon syndicat local dans lequel je suis engagée qui alloue ses surplus budgétaires pour diminuer les frais d'inscription à des formations.» L'argument du coût pour ne pas sortir de chez soi n'est donc pas valable, estime Sabrina.

«Je n'aurais pas l'étable que j'ai aujourd'hui sans les nombreuses visites que j'ai faites avant de la reconstruire en 2009», poursuit-elle. La configuration des sections pour maximiser une prise alimentaire, même nocturne, des vaches ayant des trayons adaptés à la traite robotisée, les aménagements axés sur le bien-être des animaux : c'est en visitant plusieurs troupeaux et étables que Sabrina et son père ont peaufiné leurs plans. «Il n'y a jamais de mauvaise visite. J'apprends toujours au moins un truc à chaque sortie», philosophe la productrice qui aime «voir pour mieux comprendre».

C'est bien beau produire du lait et de la génétique, mais les formations les plus utiles sont celles qui la font réfléchir à la gestion et au devenir de son entreprise, comme les Perspectives agroalimentaires, le Rendez-vous laitier de l'Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC), les analyses de son groupe de gestion agricole... La jeune femme plaint les producteurs qui ont de la difficulté à quitter l'entreprise pour s'aérer l'esprit. «C'est une question de volonté. On aménage notre entreprise pour se concentrer sur nos forces et les développer», juge la gestionnaire. 

«Une fois de retour à la ferme, je digère l'information et je la transpose à notre situation. Car à la fin, conclut l'actionnaire de la Ferme Roland Caron et Savaron Holstein, il faut demeurer fidèle à sa vision d'entreprise.»

Recevoir, pour partager
Sabrina donne aussi au suivant. Elle visite des entreprises, mais elle ouvre aussi ses portes à des groupes ou des individus, qu'ils soient étudiants, stagiaires ou producteurs d'ici ou de l'étranger. Chaque semaine ou presque durant l'hiver, elle répond aux questions de visiteurs. Les échanges ne sont jamais unilatéraux.

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