Transfert : s'endetter sans s'enliser


Les entreprises qui s'endettent durant le transfert ne sont pas doublement à risque, surtout si les projets sont définis, chiffrés et répartis dans un calendrier.

Étienne Gosselin | Agronome | Journaliste

L'argent ouvre de larges possibilités mais, mal géré, il conduit aussi à des horizons incertains, surtout en période de transfert. Comment mieux utiliser le capital sans tomber dans le piège du surendettement?

Le crédit sans surendettement, est-ce possible? Oui, répondent à l'unisson les deux agronomes chez Desjardins, René Gagnon, directeur du développement des affaires, et Marc Fortin, spécialisé en dossiers de transfert et d'établissement.

Un contexte soumis à de multiples influences  
«Des facteurs microéconomiques, macroéconomiques, politiques et sociaux influencent l'endettement des entreprises agricoles, explique René Gagnon.

L'implantation de nouvelles technologies, l'accroissement récent du prix des terres, la disponibilité des ressources humaines, la qualité de vie des exploitants, la hausse des taux d'intérêt ou l'incertitude face aux accords de libre-échange ont des répercussions sur les décisions de l'entreprise, donc sur son taux d'endettement.»

Les jeunes d'aujourd'hui sont-ils plus prompts à s'endetter? 
«Pas nécessairement, juge Marc Fortin. La relève aime les défis. Elle ressent l'émulation des anciens collègues d'études et des autres producteurs. Les jeunes sont plus axés sur les investissements et ils n'ont pas les mêmes échelles de risque et de temps que leurs parents, qui ont acquis un patrimoine qu'ils ne veulent plus nécessairement engager à long terme.»

Aussi, la relève est plus formée et informée que jamais et son niveau de connaissances en gestion s'améliore. «Personnellement, je préfère des jeunes bourrés d'ambition qui prennent des initiatives et des parents ou des mentors qui ne les freinent pas, mais les dirigent, les questionnent.»

En situation de transfert, l'entreprise doit sortir de l'équité pour racheter les parts des vendeurs, ce qui occasionne une pression financière. «Pour la relève, payer les parents, poursuit Marc Fortin, ce n'est pas le seul objectif. Il faut continuer d'avancer même lors du transfert, prévoir les projets d'investissement inévitables à court terme, car la continuité est souhaitée aussi bien des prédécesseurs que des successeurs.»

Emprunter est un moyen 
René Gagnon enchaîne : «Notre rôle, c'est de mesurer l'effet d'un investissement sur les finances de l'entreprise, d'amener les producteurs à prendre des décisions comme gestionnaires plutôt que comme emprunteurs, car l'emprunt n'est pas une fin, c'est un moyen.»

Avec la croissance des entreprises, explique René Gagnon, la valeur des emprunts a crû de manière considérable en valeur absolue. Toutefois, la dette doit être mise en relation avec les excédents financiers qu'elle permet, avec le positionnement de l'entreprise pour l'avenir et, surtout, avec la qualité des gestionnaires en place qui gèrent l'endettement - peu importe leur âge.

3 pièges à éviter

1. Ne pas avoir de vision
Les entreprises qui s'endettent durant le transfert ne sont pas doublement à risque, surtout si les projets sont définis, chiffrés et répartis dans un calendrier.

C'est justement quand les projets ne sont pas planifiés et que tout change trop vite que les entreprises se fragilisent.

2. Ne pas respecter la capacité de remboursement
Emprunter en se basant sur l'équité, la valeur de l'actif ou les garanties? Non, le critère de choix en matière d'emprunt reste son contraire : le remboursement.

L'entreprise aura-t-elle une capacité de payer suffisante pour rembourser capital et intérêts à intervalles réguliers? Les directeurs de comptes insistent sur ce critère, intimement lié à l'excellence en gestion de l'entrepreneur.

3. Ne pas avoir de recul sur le taux d'intérêt
Les taux sont encore bas dans l'immédiat, mais on dit qu'ils devraient remonter lentement pour éviter une surchauffe de l'économie. Or, les taux d'intérêt ont déjà atteint 15% ou 20% dans les années 1980, ce que ne devraient pas oublier les jeunes générations.

Mesurer la sensibilité de son entreprise face à une hausse de taux, c'est un impératif!

Vous aimerez aussi lire :

Tous les articles

La fonction Commenter n’est pas disponible pour le moment.
Merci de votre compréhension.

Partagez ce billet