Sortir du cadre en affaires : le succès de Porc de Beaurivage


La famille Lefebvre : Christian, Séléna, Danaël, Mélyna, Yann et Carole Source : Julien Brault-Chénier, LEO Films

Étienne Gosselin | Agronome | Journaliste

Elzéar a défriché la terre, Freddy a fondé la ferme, Christian a recentré sur l'élevage porcin. Yann axe maintenant sur la mise en marché de proximité en vantant les particularités du Porc de Beaurivage. Dans un marché où plusieurs prennent la même direction, la famille Lefebvre a décidé de tracer son propre chemin. 

Entreprise de quatrième génération, la ferme Freddy Lefebvre est une entreprise porcine naisseur-finisseur de 180 truies. Elle écoule une partie de ses porcs par le réseau Olymel et la majorité d'elle-même, depuis 3 ans et demi, auprès de boucheries spécialisées, de restaurateurs et de particuliers.

Dicter ses propres règles, respecter ses valeurs
L'idée de l'autocommercialisation n'est pas neuve : elle trottait dans la tête de Carole Marcoux et Christian Lefebvre depuis 1997. Combattre la fatalité du «prix du marché» en fixant soi-même un prix qui couvre son coût de production a toujours animé ce couple, qui veut continuer à exploiter une ferme à échelle familiale. Pas une maternité d'un millier de truies ou un engraissement à forfait.

Des débuts difficiles
Au départ, personne n'a cru en eux et en leur projet de production de porcelets de lait, porcelets de grain et porcs de boucherie. C'est en s'autofinançant à 100% qu'ils ont pu démarrer. Démarrer l'hiver, heureusement, car la ferme n'avait pas les moyens d'acheter un camion réfrigéré... Aujourd'hui, rien n'est gagné. Sur l'ensemble de leurs clients de Québec et de Montréal, certains sont fidèles, d'autres sporadiques, certains magasinent un prix, mais tous obtiennent de la qualité.

Porc de Beaurivage, les clés du succès
  • Miser sur la qualité du produit et la valoriser
  • Logistique et service à la clientèle irréprochables
  • Fixeur de prix, pas preneur de prix
  • Ouvrir ses portes, montrer ses conditions d'élevage
  • Avoir une tête de cochon, persévérer
3 questions en rafale à Carole Marcoux, une entrepreneure persévérante 
 
Q1. Qu'est-ce qui distingue votre entreprise porcine des autres?
R. On a toujours produit un porc de haute qualité. Un employé de l'abattoir d'Olymel à Vallée-Jonction nous a même déjà dit qu'il savait quand nos porcs étaient sur la chaîne de production. Nos carcasses sont différentes, uniformes, la viande est ferme, le gras blanc et non jaune, la viande vendue fraîche, jamais congelée. 

On fait un porc nourri de grains uniquement, sans sous-produits animaux, sans facteurs de croissance ni médicaments. Nos truies gestantes sont logées en groupe depuis 1994, une norme de logement bientôt obligatoire pour l'ensemble des producteurs en... 2022! Du côté environnemental, nous avons planté des milliers d'arbres autour des puits et nous avons établi des haies brise-vent près des bâtiments et des champs.

Q2. La compétition est-elle vive dans le créneau du porc fermier?
R. Oui, mais on fait un produit unique, donc non, pas vraiment! On ne se considère pas en compétition avec personne. Notre produit a des caractéristiques différentes et il commande un prix différent. Certains acheteurs négocient les prix, mais ce n'est pas nous qui pourrons satisfaire à long terme ce genre de clientèle, car notre coût de production est tout simplement plus élevé : le gain de poids des animaux est moins rapide et on a plus de mortalité, car on évite les médicaments en prévention. 

Ce printemps, nous allons aménager des cages de mise bas plus spacieuses pour les truies et des niches à porcelets confortables. Nous installerons aussi des soigneurs automatiques qui nourriront les truies plusieurs fois par jour, notamment la nuit, une période propice à l'alimentation lors de canicules.

Q3. Quels sont les défis d'une ferme qui décide de jouer sur deux tableaux : produire et vendre?
R. En commercialisant nous-mêmes, on obtient plus de revenus, mais on engendre plus de dépenses liées à nos choix de production, à la logistique de l'abattage, au transport, aux livraisons. On a vécu sur la marge de crédit, on ne s'est pas alloué de salaire pendant des mois... 

Dans notre contexte économique et dans celui de la production porcine en général, Yann n'aurait pas pu prendre la relève sans ce projet. Oui, c'est casse-gueule faire ce qu'on fait. Oui, c'est dur de monter son nom, sa notoriété. On ne peut pas faire ce qu'on fait juste pour l'argent parce qu'on se planterait!

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